2018

De quoi Dieu me sauve t-il ? Cette prédication a été donnée le vendredi 12 janvier à la Maison de Retraite Protestante, par Sélène Atès, étudiante en théologie et assistante de paroisse à Nantes.

 Marc 10, 17-27, la rencontre entre Jésus et le jeune homme riche. 

Imaginez un instant. Jésus marche, tranquillement accompagné de ses disciples, puis accourt un homme qui se précipite devant lui. Il court et se jette à ses genoux. « Maître » lui dit-il. « Bon maître, que dois-je faire pour hériter de la vie éternelle ? » La question est si importante pour le jeune homme qu’il en vient à courir et interrompre la marche de Jésus avec ses disciples. La question, somme toute, est existentielle. Qui parmi nous ne voudrait pas aussi hériter d’une vie éternelle ? On voudrait tous pouvoir participer à l’éternité de Dieu et vivre sans avoir à penser à la mort. C’est beau et c’est rassurant. Jésus l’interrompt à son tour dans sa quête et dit « Pourquoi m’appellestu bon ? Personne n’est bon sinon Dieu seul ! ». Est-ce pour cela que Jésus le regarda et l’aima ? Est-ce parce que ce jeune homme avait compris qu’il avait devant lui le fils de Dieu ? C’est peu probable, puisque l’homme se serait mis à sa suite dès que Jésus l’aurait appelé. Ce qui est plus probable, c’est que Jésus révèle de manière subtile au jeune homme et à ses disciples qu’il est Dieu… Puis Jésus récite les commandements « Tu ne commettras pas de meurtre, pas d’adultère, pas de vol, pas de faux témoignage » et enfin « Honore ton père et ta mère ». Ce à quoi le jeune homme répond : « Tout cela, je l’ai observé depuis mon enfance ». C’est peut-être pour cela que Jésus le regarda et l’aima. Cet homme avait suivi les commandements à la lettre, il n’avait vraiment commis aucun tort. Et Jésus l’a bien vu en cet homme qui s’est présenté à lui. Jésus l’aime parce que cet homme a voulu vivre selon les commandements de Dieu. Les Juifs de cette époque comprenaient la Loi comme une manière de vivre avec Dieu. Enfreindre la Loi, c’est en quelque sorte briser sa relation à Dieu et c’est pour cela qu’il fallait trouver un moyen de s’y raccorder. En fait, cet homme n’aura voulu qu’une seule chose : vivre avec Dieu. La ‘chute’ arrive alors : « Une seule chose te manque. Va ! Ce que tu as, vends-le, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel ; puis viens, suis moi ! ». Dans ses paroles, on a souvent voulu voir un appel radical aux vœux monastiques, à la vie de célibat et de communauté. Il me semble que les paroles de Jésus sont surtout dirigées vers ce jeune homme. Jésus a compris qu’il était riche et que tous ses biens ne suffisaient pas à combler sa quête existentielle. Jésus appuie là où ça fait mal. « Il te manque quelque chose » lui dit-il. Jésus brise l’équilibre de vie sur lequel le jeune homme s’est posé. Recevoir la « vie » en héritage c’est abandonner l’héritage terrestre qu’on a, c’est-à-dire les bien matériels et même les biens religieux au profit de la logique de suivance du Christ. Jésus nous demande d’investir dans une autre réalité qui n’est finalement pas celle dont nous nous sommes accommodés. Suivre le Christ, ce n’est pas aussi facile qu’on peut le croire ! Suivre le Christ, c’est reconnaître un manque, une faiblesse. « Une seule chose te manque » dit Jésus au jeune homme. Ce n’est pas seulement au jeune homme qu’il s’adresse, mais à nous. Alors qu’est ce qu’il vous manque aujourd’hui ? Quelle est votre faiblesse ? Le théologien Elian Cuvillier écrit à ce propos « Ce n’est pas uniquement la possession des biens matériels qui fait obstacle au Règne de Dieu. Plus généralement, c’est l’attitude qui consiste à être ‘plein’, à posséder. Tout ce par quoi l’on se suffit à soi-même fait obstacle au Règne de Dieu ». Malheureusement, le jeune homme se heurte aux paroles de Jésus et s’en va triste. Il n’est pas capable de répondre à l’appel parce qu’il a de grands biens et parce qu’il n’est pas prêt à s’en ‘déposséder’ entièrement. Pourtant l’appel de Jésus répond de manière précise au problème du jeune homme : vivre avec Dieu. Par la suite, Jésus se tourne vers ses disciples et répète par deux fois « Qu’il est difficile d’entrer dans le Royaume de Dieu ! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu ». Bien évidemment, le chameau ne passera pas par le trou d’une aiguille. Les disciples sont déconcertés à tel point qu’ils se demandent « Mais alors qui sera sauvé ? » C’est vrai qu’on se demande à notre tour : Est-ce que moi aussi je serai sauvé ? On s’inquiète et on comprend aux paroles de Jésus que l’on ne pourra pas se sauver soi-même. « Fixant sur eux son regard, Jésus dit : Aux hommes c’est impossible mais pas à Dieu, car tout est possible à Dieu ». Encore une fois, Jésus pose son regard sur ses disciples. Le regard de Jésus apparait deux fois dans ce passage et il en dit long. Et si, ici il n’est pas indiqué que Jésus aima ses disciples comme il aima le jeune homme, on le comprend quand Jésus parle. La faiblesse humaine rencontre la force de Dieu. C’est là que se situe la bonne nouvelle. Reconnaître chez soi une faiblesse révèle non seulement la beauté humaine que Jésus voit et que Jésus aime mais permet à chacun d’entre nous d’accueillir le Royaume de Dieu. Oui, Dieu veut combler notre faiblesse mais c’est à nous de reconnaître ce qu’il nous manque. Pour finir, il faut s’arrêter un instant sur le Royaume de Dieu. Le Royaume de Dieu désigne en d’autres termes la vie éternelle. Mais finalement, c’est quoi la vie éternelle ? Est-ce que ça veut dire qu’après la mort, nous aurons droit à une seconde vie aux côtés de Dieu ? On n’aurait pas tort d’y croire puisque le christianisme nous parle sans cesse d’espérance. Alors on attend et on espère. Comme le jeune homme, on fait ce qu’on nous dit de faire et on attend de recevoir la vie éternelle. Mais Jésus a répondu au jeune homme « Va, vends tout et suis-moi ! ». Alors je vous demande : qu’est-ce qu’on attend pour suivre le Christ ? Qu’est-ce qu’on attend pour recevoir la vie éternelle maintenant, en ces temps-ci ? L’appel à suivre Jésus-Christ définit un appel à vivre et non pas à sur-vivre. Par Jésus, on découvre une source de détermination pour le vécu et le vivant. La vie éternelle est commencée. La vie ultime s’annonce et se réalise dans la vie présente. C’est une vie nouvelle qu’on reçoit, maintenant et à jamais. Amen.